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La chronique littéraire de Frédéric Thiriez : "Les obsessions bourgeoises", de Madeleine Meteyer

Dernière mise à jour : 5 juil.

Chronique parue sur le site Le nouvel Économiste


Roman satirique

Qui a osé voler un vase de valeur au cours d’une soirée chic offerte aux rejetons des meilleures familles de la bourgeoisie parisienne ?



 

 



En toute subjectivité, par Frédéric Thiriez

 



 














À travers l’histoire de deux amies (presque) inséparables, Servane et Céleste, que l’on suit de 15 à 30 ans, le roman délivre une satire sociale drôle et grinçante sur la jeune bourgeoisie parisienne.

 

Les deux jeunes filles se sont rencontrées en classe de seconde au très convenable lycée Sainte-Geneviève, rue d’Assas. Elles ont peu de choses en commun. Les parents de Céleste habitent rue Bonaparte. Très jolie brune aux yeux bleus, elle est entourée d’une véritable cour d’admirateurs, garçons et filles, séduits par son élégance, sa culture et ses réparties cinglantes. “Les Céleste se remarquent. Dieu les a faites pour ça”. Elle écrit des poèmes et veut devenir écrivaine : “J’aurai des peignoirs en soie et une bande d’artistes toujours autour de moi”. Servane, la nouvelle, rousse autant que l’autre est brune, arrive de Colmar, avec les complexes et les espérances de la provinciale montée à Paris. Elle habite Viroflay. Ses parents voudraient qu’elle fasse de la philo. Elle est plutôt attirée par le marketing.

 

 

Céleste et Servane

Le jour de la rentrée, c’est Céleste qui fait le premier pas vers la nouvelle, esseulée dans la cour. Parce qu’elle est rousse ? “Les amitiés se forgent à partir d’éléments dérisoires.” À partir de ce jour-là, elles partageront tout et Servane, par la grâce de Céleste, sera admise dans le cercle fermé des anciens de “Stan” ou de Notre- Dame de Sion, invitée dans les bonnes familles du VIIe arrondissement et participera aux fêtes arrosées rue de Varenne ou rue Soufflot. Pour pouvoir s’acheter des robes, elle fait du baby-sitting chez M et Mme de Goursac et leurs trois enfants : “J’ai besoin d’être acceptée par les gens avec qui je traîne, de ne pas être toujours celle-qui-n’a-pas-un-rond”.

 

À 18 ans, les deux amies décrochent leur bac, Servane avec une moyenne de 13, Céleste avec 18, c’était écrit. Puis, ce sont les études supérieures, philo pour la première, qui abandonnera vite pour une école de commerce, hypokhâgne pour Céleste, c’était écrit. Et les premiers flirts, avec les garçons de la bande, Jules, Étienne, Maël, Henry, qui seront autant de déceptions. On se console comme on peut : “Tu ne dois pas t’effondrer pour cette tanche !”. Et la vie continue. On disserte, vodka en main, sur le rôle de la littérature, sur l’égalité hommes-femmes, sur l’immigration et, finalement, “on emmerde le monde !”.

 

 

Le vase Lalique

Mais l’insouciance n’a qu’un temps. Céleste doit abandonner ses ambitions littéraires pour travailler comme attachée de presse chez Generali ; Servane se fait durement exploiter par les Goursac et se fait même traiter de “boniche”. Elle doit s’engager comme hôtesse pour arrondir ses fins de mois. Les relations entre les deux amies se relâchent, jusqu’à ce que Céleste organise une soirée rue Bonaparte pour fêter ses 27 ans. Tous ses amis sont là, à commencer par Servane. Le lendemain, Céleste constate la disparition d’un vase Lalique d’une valeur de 15 000 euros, appartenant à ses parents. Elle poste ce message sur Facebook : “Les gars, que celui qui a pris le vase Lalique se dénonce maintenant ou périsse dans d’atroces souffrances. Il n’ira pas du tout avec votre étagère Ikea”. Les deux jeunes femmes vont déposer plainte. Mais qui a bien pu voler le vase ?

Cette intrigue sera le fil rouge du roman, où l’on verra à l’œuvre les préjugés sociaux, les jalousies, les petites lâchetés, les haines recuites, les amours déçues… avant la surprise finale.

 

Dans ce conte social cruel mais juste, l’autrice maîtrise parfaitement les codes du microcosme parisien, s’amuse avec ses personnages, évite le manichéisme et ne se départit jamais d’un humour bienvenu. On en redemande !


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