Au coeur de la tragédie du Pilier du Freney


Ils étaient sept, trois italiens et quatre français, jeunes, ambitieux, heureux de vivre, très expérimentés en montagne,. Les italiens menés par le grand Walter Bonatti, les français par Pierre Mazeaud, mon ami, qui, 17 ans plus tard, plantera le drapeau tricolore au sommet de l’Everest. Séparément, ils avaient formé le projet de venir à bout du « dernier problème » du moment, le pilier central du Fréney, sur le versant italien du Mont-Blanc. 800 mètres de granit compact se redressant jusqu’à la verticale, avec des passages d’escalade artificielle au-dessus de 4.500 mètres. Aussi surpris les uns que les autres de se retrouver au départ de la course, ils décident, plutôt que de rivaliser, d’unir leurs forces autour du même objectif. Le temps est magnifique. Le deuxième jour, à 14 heures, alors que les grimpeurs ont atteint la base du ressaut terminal de 80 mètres qui précède le sommet, un orage dantesque s’abat sur la montagne. Il ne s’arrêtera pas.


Alors commence le pire drame de l’histoire du Mont-Blanc. Le septième jour, trois hommes seulement redescendront vivants, après avoir enduré des souffrances physiques et morales inimaginables.


C’est cette terrible histoire que raconte Virginie Troussier, journaliste et écrivain, dans un très beau livre qui vient de sortir aux éditions Guérin, Au milieu de l’été, un invincible hiver. Jour par jour, heure par heure, elle nous fait partager, au plus près d’eux, la lutte désespérée de ces sept hommes pour la survie, leur amitié, leurs pensées, leurs angoisses, leurs peurs, leur héroïsme, leur désespoir.


« De cette tragédie, écrit l’auteure, Mazeaud est ressorti brisé. Un an après, il fait une première avec Bonatti dans la face est des Petites Jorasses et tous deux décident ensuite d’aller aux rochers Gruber (1)… Ensemble ils prennent conscience de toute cette passion partagée. Ils comprennent alors qu’il faut accepter le mystère, renoncer à cette quête épuisante d’un pourquoi qui n’existe pas, sortir de cette nuit. Savoir que l’âme de leurs compagnons perdurera au creux des sommets les réconforte… Le lieu ultime n’est pas la tombe mais la montagne. Seuls les lieux restent à la fin, à la fin de tout, ils continuent, ils persévèrent avec les âmes de ceux qui les ont traversés, ceux qui y sont restés ».


(1) Rochers situés sur l’itinéraire de descente choisi par Bonatti pour atteindre le refuge Gamba.

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