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La chronique littéraire de Frédéric Thiriez : "Western" de Maria Pourchet

Dernière mise à jour : 22 déc. 2023


Parue dans Le Nouvel Économiste


Prix de Flore 2023

Des relations hommes-femmes après Metoo

En toute subjectivité, par Frédéric Thiriez

Western, de Maria Pourchet,

Stock, 2023
















Maria Pourchet ne fait pas dans la dentelle. Elle écrit à coups de hache et parle cru. Dans ce septième roman, elle met en scène deux personnages qui n’ont a priori aucune raison de se rencontrer, ni a fortiori de nouer une relation amoureuse.Lui, Alexis, comédien à la mode, bourreau des cœurs – et des corps, jeunes de préférence –, une sorte de Dom Juan qui s’apprête précisément à jouer le rôle dans la pièce de Molière. Elle, Aurore, mère divorcée, épuisée par la vie et par le “job à la con” qu’elle assure pour subsister dans une entreprise sans intérêt. À la mort de sa mère, Aurore décide de tout quitter et d’aller vivre avec son fils dans la maison du Quercy dont elle a hérité. “De l’espace, du temps, plein, à ne plus bientôt savoir qu’en faire, mais qu’importe. Bien sûr, pas d’homme. Et de sexe, encore moins dans cette ascèse réparatrice reposant sur le silence, le savon et l’horticulture.”


Ambivalence des êtres

Un soir, on frappe à la porte. Non sans crainte, elle l’ouvre sur un homme plutôt bien mis portant un sac et qui lui demande l’hospitalité : Alexis. Il connaît la maison, dit-il, pour être venu consulter la mère d’Aurore qui prédisait l’avenir. Ce qu’il ne lui dit pas, c’est qu’il a fui Paris pour échapper au scandale, après qu’une jeune apprentie comédienne, Chloé, l’a accusé de “violence morale et psychologique” après leur rupture.


Les choses se gâtent en revanche lorsqu’Alexis déclare qu’il est en réalité propriétaire de la maison dont Aurore se pensait héritière. Et c’est exact : sa mère, en difficulté financière, lui a vendu en viager il y a dix-huit mois moyennant un modeste paiement en capital. Furieuse, Aurore expulse Alexis, malgré les regrets exprimés par celui-ci (“Alexis répète qu’il est désolé, il ne sait pas comment il, comment ça, comment on peut se, enfin qu’est- ce qu’on…– Taisez-vous !”), et les efforts de l’enfant qui voyait d’un bon œil l’arrivée d’un homme à la maison.

Mais Aurore est bonne fille et ravalera sa colère. Est-ce son éducation chrétienne, ou son attirance à peine refoulée pour le comédien ?


Nous n’en sommes ici qu’au tiers du roman qui nous réserve de nombreuses surprises, bonnes ou mauvaises, jusqu’à la fin spectaculaire que vous découvrirez. Maria Pourchet n’a pas choisi la facilité. Elle ausculte les relations hommes-femmes de l’ère post-Metoo, mais sans céder aux clichés, au manichéisme ou à la misandrie. Elle joue sur l’ambivalence des êtres. Aurore, supposée être une femme “libérée”, l’est-elle vraiment ? Alexis n’est-il finalement qu’un“vrai connard” ? L’écrivaine le dit elle-même dans ‘Vogue’ : “Il va bien falloir continuer, s’entendre, s’étreindre. Trouver les voies pour”.



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