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La chronique littéraire de Frédéric Thiriez : "Par la force des choses", de Claire Norton

Parue dans Le Nouvel Économiste


Une passion

Nos choix déterminent-ils notre destin ?

 


En toute subjectivité,

par Frédéric Thiriez











“Tout ne repose pas malheureusement sur les choix que nous faisons. Il arrive aussi que nous soyons amenés à subir la décision des autres et, par la force des choses, à en payer les conséquences.”

 

L’histoire de Lisa, qui est celle d’un amour absolu, impossible et dévastateur, interroge sur nos choix de vie, leur bien-fondé et les limites de notre libre arbitre. Fille d’une mère célibataire ex-soixante-huitarde, Lisa vit harmonieusement avec sa mère dans un modeste pavillon de banlieue. À 12 ans, elle a développé une forme de cancer du système lymphatique dont elle a guéri après six mois de chimiothérapie. Mais les médecins ont prévenu qu’elle ne pourrait sans doute jamais avoir d’enfant. La jeune fille, d’une nature heureuse, a une amie fidèle, Sophie, et un petit ami, Charles, qu’elle aime bien, sans plus. Elle projette d’être avocate à l’issue de ses études mais, pour devenir autonome et payer son loyer, s’engage comme juriste dans une entreprise.

 

Des choix et un coup de foudre

Premier choix : à 27 ans, elle se découvre enceinte de Charles. Faut-il garder le bébé ? La raison répond “non”, d’autant qu’elle n’est pas amoureuse de Charles. À l’opposé, “les miracles ne se produisent jamais deux fois… c’est sans doute l’occasion unique de devenir mère”. Devant l’insistance de Charles, elle finit par laisser parler son instinct et accouche d’une petite Céleste, qui la rendra follement heureuse.

 

Coup de foudre : le 12 juillet 1998, jour de la finale de la coupe du monde, elle se rend au stade, puis sur les Champs-Élysées avec son amie Sophie. Un jeune homme, grimpé sur un abribus, lui tend la main pour qu’elle monte aussi : “Mes yeux plongés dans les siens, teintés d’un magnifique vert pailleté de jaune, sa main toujours nouée à la mienne il n’y a plus que nous au monde durant de longues secondes”. Ils n’ont pas échangé un mot et se sont ensuite perdus dans la foule. Sept ans plus tard, Lisa retombe sur le bel inconnu en allant chercher sa fille à l’école. Il s’appelle Victor et est aussi hypnotisé par elle qu’elle par lui.

  

Deuxième choix : Victor est marié et a deux enfants, et Lisa vit avec Charles – même si elle n’est pas amoureuse

– et tient plus que tout à sa fille. Alors, tenter de “voir où tout cela nous mène”, ou cesser de se voir ? Victor laisse ce choix à Lisa et promet qu’il le respectera : “Lisa sentit tomber une à une toutes ses défenses… – Voyons donc où tout cela nous mène…”. Jamais Lisa ne regrettera ce choix. Elle écrira :

“Deux ans bientôt que Victor et moi nous sommes trouvés. Nous sommes l’alpha et l’oméga. Le commencement et la fin… La seule limite à notre bonheur est de ne pouvoir le crier au monde entier”. Cet amour durera toute leur vie, malgré les épreuves et les drames qui suivront.

 

Troisième choix : Victor, qui est ingénieur, doit partir en poste au Canada, pour trois, voire cinq ans. Il propose à Lisa de le suivre, avec sa fille Céleste. Lui est prêt à assumer la séparation avec sa famille. Mais elle, l’est-elle ?

Est-elle prête à faire la guerre à Charles qui s’opposera au départ de Céleste ? Celle-ci ne souffrira-t-elle pas de l’absence de son père ? “En gros, je te propose le choix du cœur, et tu m’opposes le choix de la raison”, dit Victor. “La solution que tu suggères va provoquer beaucoup de souffrance autour de nous” lui répond Lisa qui, convaincue que leur amour survivra à cette séparation, refuse de suivre Victor. Elle regrettera toute sa vie cette décision.

 

Une vie d’attente

Car la suite de l’histoire n’est pas gaie. Les deux amants sont convenus de se retrouver trois ans plus tard, le 24

décembre 2010, pour vivre ensemble après avoir réglé leurs problèmes de couple. Lorsque Lisa annonce à Charles son désir de se séparer, une violente colère l’envahit et il la met littéralement à la porte. Il explique à leur fille Céleste que sa mère les a abandonnés tous les deux. Les lettres que Lisa écrit à sa fille pour s’expliquer sont toutes interceptées par Charles. Céleste, anéantie par la “fuite” de sa mère, frôle la dépression et accumule les bêtises à l’école.

 

Comme si cela ne suffisait pas, la mission de Victor au Canada est prolongée de deux ans. Le rendez-vous des deux amants est donc reporté au 24 décembre 2012. Mais le jour dit, Lisa attend en vain Victor, qui lui envoie seulement un “pardon” par SMS. En vérité, la femme de Victor a subi une greffe de rein et il doit rester auprès d’elle avec ses enfants. C’est seulement en janvier 2013 que Lisa réussit à apercevoir Victor, lequel lui demande si leur projet peut attendre encore un an de plus, compte tenu du chantage que sa femme exerce sur lui par l’intermédiaire des enfants. Lisa, qui y croit toujours, lui demande seulement de ne plus la contacter tant qu’il ne sera pas libre pour elle. Deux ans plus tard, Lisa n’a toujours pas de nouvelles de Victor…

 

Amour explosif

Portée par son amour inconditionnel, Lisa tient bon. Elle garde confiance, envers et contre tout. Jusqu’où ? “Parfois, le cœur s’emballe au point de défier toute raison”, écrit l’autrice dans sa note. “Au point de rendre fou. De bonheur, sans doute. De douleur, également. Plus rien alors n’est contrôlable. Et lorsqu’il s’avère en danger, cet amour devient aussi explosif qu’une grenade dont on arrache la goupille. Le risque étant, quand on aime l’autre plus que soi, de se détruire soi-même.”

  

À vous, lecteur, de découvrir la fin de l’histoire de Lisa, de Victor et de Céleste, dont je dirai seulement qu’à la noirceur étouffante des nuages succédera un timide mais rassurant rayon de soleil. Assurément, on ne sort pas indemne d’un tel roman.



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