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La chronique littéraire de Frédéric Thiriez : "Mon nom dans le noir", de Jocelyn Nicole Johnson

Parue sur Le nouvel Économiste



Dystopie

“Et vous, quand le monde s’écroulera, où trouverez-vous refuge ?”



 

 

En toute subjectivité, par Frédéric Thiriez




 














Le monde est entré dans un âge sombre, celui du “démantèlement”. Après le dérèglement climatique, la société américaine elle-même s’est effondrée : chutes de gouvernements en série, élections sur fond de manifestations monstres avec des centaines de milliers de morts et de blessés, pannes générales d’électricité et de téléphone, forces de police aux abonnés absents… on a même vu des avions tomber.

 

Un soir, un quartier modeste de Charlottesville (Virginie) est attaqué par des suprémacistes blancs armés circulant en 4x4. La plupart des maisons aux toits de tôle sont incendiées. Un petit groupe d’habitants réussit à s’enfuir dans un minibus abandonné. “Nous étions presque tous voisins, nous avions presque tous la peau brune ou noire et nous étions seize en tout. Le plus jeune d’entre nous avait à peine trois mois. À soixante-dix-huit ans, MaViolet (grand-mère de la narratrice) était notre doyenne”. C’est une jeune femme, Naisha, étudiante à l’université de Virginie, qui prend la direction des opérations. Leur fuite les amène à Monticello, la demeure historique de Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis. C’est loin d’être un hasard : Naisha et sa grand-mère MaViolet sont des descendantes lointaines de Jefferson, qui avait eu une liaison avec une jeune esclave noire, Sally Hemings.


Huis clos à Monticello

La vie s’organise du mieux possible à Monticello, avec la complicité bienveillante des deux gardiens du domaine et la bonne volonté de chaque membre de la petite communauté. On couche par écrit les règles de vie en commun dans un traité de fortune : “Nous collecterions et partagerions toute nourriture ou boisson que nous trouverions sur le domaine (…) Nous nous protégerions les uns les autres, quoi qu’il arrive”.

 

Il y a bien des tensions, notamment entre l’amoureux de Naisha, un grand Blanc nommé Knox, et son ancien petit ami Devin. Il y a l’affolement de Naisha lorsqu’elle réalise qu’elle est enceinte, sans savoir vraiment qui des deux est le père. Il y a l’affaiblissement physique progressif de MaViolet. Mais il y a surtout la menace des milices blanches qui rôdent en permanence et font passer leurs messages : “J’ai le privilège d’être autorisé à parler au nom des Vrais Hommes, au nom des Patriotes. Ils déclarent : Nous avons été choisis pour purger le grand État de Virginie de ses ténèbres. Ils déclarent : Nous nous engageons à faire ce qu’il faudra pour restaurer notre Héritage ! Nos Monuments ! Notre Sang !”

 

Dans la bibliothèque de Jefferson

Au dix-neuvième jour de ce huis clos à Monticello, les milices s’apprêtent à passer à l’offensive sur la colline. Faut-il fuir ? Mais où ? La communauté décide de se battre jusqu’au bout… et Naisha glisse son histoire dans un livre de la bibliothèque de Jefferson : “Un jour peut-être, quelqu’un retrouvera nos noms parmi ces livres ou leurs cendres, et saura que nous étions ici, que nous comptions aussi”.

Afro-Américaine née en Virginie, Jocelyn Nicole Johnson enseigne les arts plastiques à Charlottesville. ‘Mon nom dans le noir’ (titre original : ‘My Monticello’) est son premier roman, qui a été couronné de plusieurs prix aux États-Unis.

 

 


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