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La chronique littéraire de Frédéric Thiriez : "Le diamant d'Odessa", de Kate Quinn.

Parue dans Le Nouvel Économiste



Roman historique

Quand une petite sniper soviétique devient en 1942 la coqueluche de l’Amérique








 

En toute subjectivité, par Frédéric Thiriez


Le diamant d’Odessa, de Kate Quinn, Éditions Hauteville , 2023

 















C’est l’histoire à peine romancée de Lyudmila Pavlichenko, surnommée “Lady Death”, jeune Ukrainienne de vingt-six ans qui, engagée dans l’Armée rouge en 1941 comme sniper, n’abattit pas moins de 309 soldats allemands avant d’être envoyée aux États-Unis pour prêcher en faveur de l’intervention américaine, que nous livre la romancière américaine Kate Quinn.

 

Au début de l’invasion allemande en juin 1941, l’Armée rouge, sous-équipée, ne cessait de reculer, et ce au prix de très lourdes pertes humaines. À la différence des autres pays de l’Alliance, l’URSS alignait un grand nombre de femmes sur le front (on parle de 800 000), y compris dans les unités combattantes. La jeune Lyudmila, Mila pour ses intimes, étudiante en doctorat qui voulait devenir historienne, fut de celles-ci. Elle n’avait pas eu la vie facile : à quinze ans, elle avait été séduite par un beau parleur, Alexei, nettement plus âgé qu’elle, et était tombée enceinte d’un petit garçon. Le père s’était aussitôt désintéressé d’elle comme de son fils. 

“Je serai à la fois ta maman et ton papa”, dit-elle à son enfant après une dernière dispute avec Alexei. Le petit garçon étant attiré par les armes, Mila s’inscrit au club de tir en vue de lui apprendre, puis, se prenant au

jeu, passe un diplôme de tir de précision (“20 heures de formation politique, 14 heures de formation militaire, 120 heures d’exercices de tir”). Lorsqu’Hitler envahit la Russie, elle n’hésite pas une seconde et s’engage dans l’armée, “pour Staline, pour la patrie”.

 

Aussi précis que l’aiguille d’une pendule

Pas facile pour la jeune et jolie brune, qui s’est pourtant coupé les cheveux comme un garçon, de se faire respecter et surtout accepter par les hommes. Infirmière passe encore, mais tireuse d’élite ! Mais dès qu’un officier lui donne la chance de faire ses preuves en logeant plusieurs balles à travers le goulot d’une bouteille, sa carrière de sniper est lancée. Avec son binôme Kostia, un Sibérien robuste et mutique qu’elle a elle-même choisi, elle fait merveille. 


“Nuit après nuit, un sniper met sa vie entre les mains de son partenaire. Il a intérêt à ce que ce soit quelqu’un de plus fiable qu’un mari (…) Maintenant, observez-nous, ma recrue et moi, faire notre exercice. La partie monotone, laborieuse, que les gens n’imaginent pas quand ils pensent à ce travail sombre, sous un ciel sombre (…) Ici, il faut préparer le terrain (…) passer des heures dans l’obscurité la plus complète à creuser des tranchées et monter des parapets, à les renforcer à l’aide de pierres et de tourbe. (…) Puis des heures encore, allongés dans notre nid, à déplacer les canons de nos fusils pour trouver la stabilité optimale, à tester la direction du vent, à calculer les distances. Puis, l’attente…”.


Une fois la cible acquise, les automatismes prennent le relais : “Un bon tireur prend tout son temps. Chacun de ses mouvements est aussi précis que l’aiguille des heures d’une pendule” : 1 Évaluer la cible à travers la lunette du fusil. 2 Évaluer la ligne horizontale du but. 3 Calculer la distance à l’aide de ce repère. 4 Faire glisser les balles. 5 Trouver la bonne position de tir. 6 Tenir jusqu’à l’immobilité totale. 7 Ajuster la bretelle du fusil sous le coude. 8 Retrouver la cible à travers la lunette. 9 Trouver la détente et viser. 10 Inspirer. 11 Expirer. 12 Presser la détente.

 

Mila, qui n’aimera jamais qu’on lui rappelle son score impressionnant, n’éprouve aucun plaisir à tuer : “Je n’avais rien demandé de tout cela. Je voulais rester chez moi, câliner mon fils, terminer ma fichue thèse. Je ne voulais pas nécessairement voir nos opposants morts. Je voulais simplement qu’ils partent. Mais comme ils n’en avaient nulle intention, que le ciel me vienne en aide, j’opterais pour la mort”.






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