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La chronique littéraire de F. Thiriez : "La prochaine fois que tu mordras la poussière" de P. Pascot

Dernière mise à jour : 22 déc. 2023

Parue dans Le Nouvel Économiste



Journal intime

Faut-il tuer le père pour devenir un homme ?


En toute subjectivité, par Frédéric Thiriez La prochaine fois que tu mordras la poussière, de Panayotis Pascot, Stock, 2023








Panayotis Pascot, qui n’a de grec que le prénom, a 25 ans. Il était surtout connu comme humoriste, comédien et chroniqueur sur Canal+ avant de publier ce premier livre, qui connaît déjà un beau succès. Pas vraiment un roman, plutôt un récit autobiographique mêlé de fiction. Il y raconte sa relation difficile avec son père, la difficulté d’être un homme, sa dépression et le douloureux processus d’acceptation de son homosexualité.


Tout commence par l’annonce de la maladie du patriarche : “Je crois qu’il va bientôt mourir”. Jusqu’à 14 ans, le fils était très proche de son père (“je voulais être lui”) avant de prendre ses distances pour tenter d’exister par lui-même. Mais aujourd’hui, alors qu’il va mourir, comment se rapprocher, “dans l’hiver glacial qu’est notre relation” ? L’auteur perd le sommeil et se met à écrire, comme s’il s’adressait à son père : “J’ai toujours tout fait pour te prouver quelque chose, et maintenant que tu vas crever, je me rends compte que je ne sais même pas ce que je cherche quasi désespérément à te prouver”. Le dialogue entre eux se révèle difficile car dans la famille, un homme ne saurait être faible. S’ouvrir aux sentiments, c’est devenir vulnérable. “Rien ne doit entrer. Du coup, peu de choses sortent”. Et cette jolie interrogation de l’auteur : “Que deviennent les larmes qui n’ont pas coulé ?”.


Pour être un jeune homme comme les autres, il faut collectionner les aventures féminines. Ce que fait le narrateur, avant de se rendre compte qu’il n’y prend aucun plaisir et n’éprouve même aucun désir pour “les filles”. Ces rendez-vous infructueux se révèlent très humiliants. Lorsqu’il se rend compte qu’il est homosexuel, il est terrassé par la honte et tente de se suicider. Il a 18 ans. Il lui faudra du temps pour l’accepter d’abord, l’exprimer ensuite, et le dire à ses parents enfin. La dépression, que son médecin qualifie de “rumination morbide”, lui tombe dessus. C’est l’amour qui le sortira du gouffre, sous les traits d’un premier amant, qu’il surnomme “La Vie”, et surtout du second, “Le Bonheur”, dont il dit : “Sa place sur terre, il l’a trouvée, lui. Un jour je l’épouserai”. Au fond, les hommes, c’est passé par le cœur, pas par le sexe.


“Le narrateur a compris que s’il veut être heureux, il faut qu’il arrive à “abandonner le contrôle”, à “ne plus être en représentation”, bref, à faire l’inverse de ce que son père lui avait appris”


Le narrateur a compris que s’il veut être heureux, il faut qu’il arrive à “abandonner le contrôle”, à “ne plus être en représentation”, bref, à faire l’inverse de ce que son père lui avait appris. Tuer le père ? Pas forcément avec un couteau : “On se lève de table (…) Je ne sais pas ce qui nous prend, on se regarde. En silence. Ça n’arrive jamais, un vrai regard, on est là tous les deux, mes yeux dans les siens, ou l’inverse. Et je me lance. Je lui fais un câlin viril et maladroit (…) Parce que je t’aime. J’ai envie de lui dire. Pardonne-moi d’essayer de te tuer depuis tout ce temps. J’espère que tu vivras le plus longtemps possible. En tout cas, tu vivras en moi. Évidemment, rien n’est sorti”.


Ce livre sur l’émancipation d’un jeune homme qui essaie de devenir un homme est courageux, touchant, impudique et d’une profonde sincérité. S’il a été un exercice salutaire pour l’auteur, il pourra de toute évidence servir à d’autres jeunes confrontés à des difficultés comparables. Un livre thérapeutique ?




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