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La chronique littéraire de Frédéric Thiriez : "L'épaisseur d'un cheveu", de Claire Berest

Dernière mise à jour : 17 nov. 2023

Parue dans Le Nouvel Économiste


Féminicide 'L’épaisseur d’un cheveu', de Claire Berest Électrocardiogramme d’un féminicide ordinaire





En toute subjectivité, par Frédéric Thiriez ‘L’épaisseur d’un cheveu’, de Claire Berest, Albin Michel, 2023













C’est un couple apparemment sans histoires, amoureux, sans enfants. Ils vivent ensemble depuis huit ans. Il est correcteur dans une maison d’édition, elle est photographe. Autant Étienne est introverti, complexé, pétri d’habitudes, autant Vive (enfant, elle s’appelait Violette) est gaie, spontanée, mondaine : “Tellement vivante, Vive !”, dit-il. Mais la solidité du couple ne semble pas en souffrir.


Le roman débute un lundi. “Il était alors impossible d’imaginer que trois jours plus tard, dans la nuit de jeudi à vendredi, Étienne tuerait sa femme.”


Claire Berest nous raconte l’histoire d’un féminicide ordinaire. Pas celui qui fait la Une des journaux. Pas

d’antécédents de violence chez Étienne, pas de drames domestiques ni d’esclandres publics. Pas d’alertes sur des mains courantes. Juste la progression à bas bruit d’un bouleversement intérieur chez cet homme qui le conduira, sans même que l’on comprenne véritablement pourquoi, à commettre l’irréparable. Le sait-il d’ailleurs lui-même ?


Le récit de Claire Berest est aussi efficace que glaçant, entre descriptions des états d’âme d’Étienne avant, et

interrogatoires de police lunaires, après. L’autrice arrive à se glisser dans la tête de l’homme et ce n’est pas son moindre mérite. Elle évite de tomber dans le macabre ou dans le gore, et nous laisse avec cette lancinante question : mais pourquoi ?


Un roman sombre assurément, comme le précédent de l’autrice ( ‘Artifices’, Stock, 2021), mais dont on ne se défait pas facilement.



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